L'Empire

L'Empire
du Wassoulou

Fondé en 1878 par Samori Touré à Bissandugu, l'empire du Wassoulou fut, à son apogée, l'un des plus vastes États d'Afrique de l'Ouest précoloniale : de la haute Guinée aux confins du Mali actuel, jusqu'à la Côte d'Ivoire septentrionale et au nord du Ghana.

Carte de l'Empire du Wassoulou de Samori Touré à son extension maximale

L'Empire du Wassoulou à son apogée, entre haute Guinée, sud du Mali actuel et nord de la Côte d'Ivoire.

T. L. Miles — Wikimedia Commons · Domaine public

Fondation

Bissandugu, 1878 — la naissance d'un État

Samori Touré, né vers 1830 à Manyambaladougou dans une famille dyula de marchands convertis à l'islam, s'affirme d'abord comme guerrier au service des Bérété, puis prend son autonomie et rassemble ses propres sofa (guerriers). En 1878, il se proclame faama (chef suprême) à Bissandugu, capitale de son jeune État qu'il nommera plus tard Wassoulou.[1][2]

L'empire est structuré autour d'une administration militaire dérivée du modèle mandingue : le pays est divisé en dix provinces confiées à des kèlètigi (chefs de guerre), l'armée est permanente et professionnelle, entièrement composée de sofa équipés dès les années 1880 de fusils à répétition Gras et Kropatschek copiés dans les ateliers de forge de l'empire.[1][3]

Organisation

Un État militaire, marchand et islamique

L'économie du Wassoulou repose sur trois piliers : le commerce des chevaux et de la cola avec le nord, l'exportation de l'or de Buré vers les marchés soudanais, et une frappe monétaire propre. Les caravanes dyula assurent la circulation des biens entre Kankan, Odienné, Kong et Sikasso.[1][4]

Samori, converti à un islam militant, se fait proclamer almamy en 1884. Il impose la charia dans les provinces, développe l'enseignement coranique, construit des mosquées à Bissandugu, Kérouané et Sanankoro. Cette islamisation forcée provoquera la révolte du Wassoulou proprement dit en 1888, durement réprimée.[1][5]

L'armée wassoulounké compte, selon Yves Person, jusqu'à 30 000 à 35 000 sofa équipés et 3 000 cavaliers, encadrés par des forgerons capables de réparer et de fabriquer poudre, balles et pièces d'armes.[1]

Capitales successives

De Bissandugu à Dabakala

Bissandugu (1878-1891) est le premier centre politique. Sous la pression française, Samori déplace son État vers l'est : Kérouané devient capitale provisoire (1891-1893), puis, après le grand transfert de population de 1892-1893 vers le pays baoulé et sénoufo, la nouvelle capitale est installée à Dabakala, en actuelle Côte d'Ivoire, à partir de 1895.[1][2]

Ce « second empire », étiré sur près de 300 000 km², est reconstruit ex nihilo au prix d'un déplacement massif de populations et d'une politique de terre brûlée pour priver l'ennemi français de ravitaillement.[1][6]

En quinze ans, Samori a construit, avec les moyens de son temps, l'État militaire le plus achevé qu'ait connu l'Afrique soudanaise avant la colonisation.

Yves Person, Samori — une révolution dyula, 1968
Chronologie
  1. v. 1830
    Manyambaladougou

    Naissance de Samori Touré.

  2. 1878
    Bissandugu

    Samori se proclame faama et fonde le Wassoulou.

  3. 1884
    Bissandugu

    Titre d'almamy et islamisation officielle de l'État.

  4. 1888
    Wassoulou

    Grande révolte anti-islamique, écrasée par les sofa.

  5. 1891-1893
    Kérouané

    Repli et déplacement vers l'est.

  6. 1895
    Dabakala

    Installation de la nouvelle capitale en pays sénoufo.

  7. 1898
    Guélémou

    Capture de Samori — fin de l'empire.

Iconographie

Documents et photographies d'époque, tous issus de Wikimedia Commons.

Drapeau attribué à l'Empire du Wassoulou

Drapeau attribué à l'Empire du Wassoulou (reconstitution).

HetmanTheResearcher — Wikimedia Commons · CC BY 4.0

Portrait de Samori Touré, almamy et fondateur de l'Empire du Wassoulou

Almamy Samori Touré (v. 1830 – 1900), fondateur de l'Empire.

Auteur inconnu — Wikimedia Commons · Domaine public

Sources
  1. [1]Yves Person, Samori — une révolution dyula, Mémoires de l'IFAN, 3 volumes, Dakar, 1968-1975.
  2. [2]« Empire wassoulou », Wikipédia FR.
  3. [3]Ibrahima Baba Kaké, Samory Touré — le héros de la résistance africaine, ABC / Présence africaine, Paris, 1987.
  4. [4]Claude Meillassoux, « État et conditions des esclaves à Gumbu au XIXe siècle », Journal of African History, XIV-3, 1973.
  5. [5]Martin Legassick, « Firearms, Horses and Samorian Army Organization 1870-1898 », Journal of African History, VII-1, 1966.
  6. [6]« Samori Ture », Wikipedia EN.

Contenu établi à partir de sources publiques (Wikipédia FR/EN) et de la bibliographie académique de référence. Les dates, chiffres et noms de lieux suivent l'ouvrage d'Yves Person, considéré comme la synthèse la plus complète sur la période.