Sonni Ali Ber règne sur le Songhaï
L'empire songhaï s'étend de Tombouctou à Djenné et domine la boucle du Niger : c'est le cadre politique dans lequel s'inscrit l'arrivée de la lignée.
De Magandyou, venu du Yémen au XVe siècle, à Samori né à Manyambaladougou en 1830 : neuf étapes qui structurent la mémoire des Touré, incluant le règne d'Askia Mohammed Touré, empereur du Songhaï de 1493 à 1529.
De la boucle du Niger jusqu'à Agadès, l'empire Songhaï des XVe et XVIe siècles est le cadre dans lequel le nom Touré s'impose au sommet du pouvoir. La carte ci-dessous en montre l'étendue à l'apogée d'Askia Mohammed Touré.




La tradition fait remonter la famille à Magandyou, venu du Yémen. Il s'installe entre Tombouctou et Guindyo, à l'époque où l'empire Songhaï rayonne sur la boucle du Niger et où Tombouctou est un carrefour d'érudits, de commerçants et de pèlerins.
15e roi de la dynastie Sonni régnant depuis 5700 (1464), Sonni Ali Ber transforme en 28 ans son petit royaume vassal du Mali en l'un des plus vastes États jamais connus d'Afrique. Brillant stratège, il mène 32 guerres en 26 ans et les remporte toutes : victoire sur les Mossi et les Dogons à Nasséré (1483), prise de Tombouctou et siège de Djenné avec une flotte de 400 bateaux. Il meurt en novembre 1492, laissant l'empire à son fils Sonni Baru.
Sonni Baru est évincé dès 1493 par la faction pro-islamique de l'armée. Mohammed Silla dit Touré, lieutenant de Sonni Ali, le tue lors d'une bataille, prend le titre d'askia et fonde la dynastie des Askia. C'est à ce moment que le nom Touré s'inscrit au sommet du plus grand empire d'Afrique de l'Ouest.
Askia Mohammed (1443-1538) mène une politique d'islamisation, s'entoure de lettrés de Tombouctou et accomplit le pèlerinage à La Mecque en 1496-1497. Il impose son autorité jusqu'au Sénégal, isole le Mali moribond, défait les Peuls du Fouta-Toro, étend son pouvoir sur les Touaregs et s'empare d'Agadès. Il organise un vaste empire : une armée de métier sous les ordres du dyna koy, des provinces confiées à des gouverneurs — le kanfari (chef supérieur, ministre des chefs locaux) sur le Kurmina, le Hi Koy ministre de la navigation fluviale, le Fari mondyo inspecteur général des impôts, le Horé farima grand prêtre du culte des ancêtres. Une flottille sur le Niger relie tout l'empire.
En 1529, âgé de quatre-vingt-six ans et presque aveugle, Askia Mohammed est déposé par son fils Moussa. Les luttes de succession (Askia Moussa 1531-1537, Mohammed Bounkan 1531-1537, Askia Ismaël 1537-1539, Askia Ishak 1539-1549) affaiblissent la dynastie. En 1591, à la bataille de Tondibi, l'armée du Pacha Djouder envoyée par le sultan du Maroc écrase les Songhaï. L'empire devient une province marocaine dénommée Soudan (de l'arabe Bilad al-Sudan, « pays des Noirs »). C'en est fini des grands royaumes africains.
Parallèlement, Fabou puis Silimagan et Fèrèmanango vivent à Dia et Djenné, cités mythiques du delta intérieur du Niger. Trois générations qui inscrivent les Touré dans le monde soudanais, à la croisée du commerce, de l'islam malékite et des traditions manding.
Sidiki fonde le village qui portera son nom : Sidikila. C'est l'acte fondateur d'une nouvelle branche territoriale de la famille. Son fils Amadou consolidera cet ancrage et deviendra le patriarche à partir duquel se déploient les grandes ramifications Touré.
Depuis Amadou à Sidikila, la famille se déploie : Oumori-Ba fonde la lignée de Binko, Fabou celle de Kofilakoro, Vafèrè celle de Manyambaladougou. Chaque branche s'attache à un terroir et forme ses propres notables, imams et guerriers.
Vakaba, issu de la branche Maféléba / Kabakoro, fonde Odienné dans l'actuel nord de la Côte d'Ivoire. Il y installe un pouvoir Touré durable, le Kabadougou. Il épouse Tata (Matata) Doukouré, dont naîtra Mocktar Touré (Tognin Brahima), son troisième fils, qui régnera longuement après lui grâce au soutien du chef Bounou Mamery, autorité du Royaume de Karadougou.
Samori Touré naît à Manyambaladougou, dans la branche descendue de Vafèrè. Marchand devenu chef militaire, il fonde le Wassoulou et tient tête à l'armée coloniale française jusqu'en 1898. Sa figure clôt et rassemble cinq siècles de migrations et d'enracinement.
Source principale : Annexe II — Généalogie particulière de Samori et des Touré d'Odienné. Contenu appelé à s'enrichir de sources orales, archives coloniales et travaux d'historiens.
À gauche, les faits établis de la famille ; à droite, l'histoire du Soudan songhaï puis de la conquête coloniale. Chaque bloc renvoie, quand elle existe, à la fiche de la personne concernée.
L'empire songhaï s'étend de Tombouctou à Djenné et domine la boucle du Niger : c'est le cadre politique dans lequel s'inscrit l'arrivée de la lignée.
Point de départ de la tradition familiale : le départ du Yémen, tel que consigné par l'Annexe II.
Réorganisation administrative de l'empire et rayonnement des écoles de Tombouctou et de Djenné.
Première implantation documentée dans la boucle du Niger, dans la cité savante et caravanière.
Silimagan et Fèrèmanango dans le foyer intellectuel et marchand du Mali médiéval.
Village fondé sur la rive gauche du Sankarani, à une quinzaine de kilomètres de Niani : berceau commun des deux lignées illustres.
L'expédition saadienne défait l'armée songhaï ; la boucle du Niger se fragmente, les lignées marchandes se déplacent vers le sud.
Séparation des deux branches : celle qui mènera à Odienné (tisserands, selon Yves Person) et celle qui mènera à Samori. Écart de datation Person (v. 1710) / Annexe II (v. 1740) signalé.
Après la victoire sur le Nafana, Vakaba structure le pouvoir Touré dans la région vers 1848 ; il épouse Tata (Matata) Doukouré.
Un premier fils règne environ un an (VaBrema dans les archives d'O'Sullivan) avant l'accession de Mocktar Touré, dit Tognin Brahima (1859-1875).
Samori Touré structure une armée d'environ 5 000 combattants ; les premiers affrontements avec les colonnes françaises commencent.
Accord signé entre Samori Touré et la France à Bissandougou, capitale du Wassoulou — moment charnière avant la reprise de la guerre.
L'échec devant le tata de Sikasso, muraille du Kénédougou de Tiéba Traoré, marque un tournant militaire pour le Wassoulou.
Le roi Magbé Madou Touré fait appel à l'almamy ; le mariage de Soronasi, fille préférée de Samori, scelle l'alliance entre le Wassoulou et le Kabadougou.
La colonne du capitaine Henri Gouraud capture Samori Touré et le roi Magbé Madou Touré ; le roi d'Odienné est déporté sept ans à Tombouctou.
Déporté après sa capture, l'almamy meurt en exil ; la conquête coloniale de la boucle du Niger est achevée.
Rentré à Odienné en 1905, le roi ne retrouve pas son trône : exil volontaire en Guinée selon la tradition familiale, mort à Odienné en 1912 selon les rapports coloniaux lus par O'Sullivan (contradiction signalée).