La Principauté

Le Kabadougou
d'Odienné

Fondée vers 1848 par Vakaba Touré, la principauté du Kabadougou fit d'Odienné, dans l'actuel nord-ouest de la Côte d'Ivoire, l'un des grands foyers politiques et commerciaux du Manding pré-colonial.

Medersa d'Odienné, ancienne capitale du Kabadougou fondé par Vakaba Touré

La medersa d'Odienné, cœur spirituel de l'ancienne capitale du Kabadougou fondé par Vakaba Touré vers 1848.

Zenman — Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0

Fondation

Vakaba, fondateur d'Odienné

Vakaba Touré, issu de la branche Maféléba-Kabakoro de la famille (arrière-petit-fils de Keni-Brèma), quitte la région de Samatiguila avec une petite troupe de guerriers et de dyula. Il rassemble autour de lui les guerriers Mabala et Kenimbala et fonde, vers 1848, la ville d'Odienné, qui devient la capitale du Kabadougou.[1][2]

Le Kabadougou n'est pas un simple chefferie de village : c'est une principauté organisée, avec une armée permanente, un système fiscal, un tribunal islamique, et un réseau d'alliances avec les villages du Konya, du Nafana et du Wassoulou occidental.[1][3]

Succession

Le règne de Mocktar Touré (Tognin Brahima)

À la mort de Vakaba, un premier successeur règne brièvement (entre 3 et 9 mois selon les sources orales). Mocktar Touré, dit Tognin Mamy puis Tognin Brahima, troisième fils de Vakaba né de Tata Doukouré, prend alors le pouvoir et règne 27 ans.[1][4]

Son règne s'appuie sur son intrépide chef de guerre Bounou Mamery, du royaume voisin de Karadougou. Mocktar étend l'autorité d'Odienné vers le sud jusqu'à Borotou (à 100 km), puis sur une partie du Konya (Sokourala, Fouala, Singo, etc.).[1][4]

Ses descendants directs forment le lignage du Moutardjidougou (ou Tatadougou), à distinguer des autres branches Touré présentes à Odienné.[4]

Kabadougou et Wassoulou

Rapports avec l'empire de Samori

Bien que rattachés à la même lignée Touré, le Kabadougou et le Wassoulou de Samori sont des États distincts. Odienné conserve son autonomie face aux poussées militaires de Samori, notamment grâce à la neutralité négociée par Mocktar et à l'importance stratégique de son négoce avec Kong.[1][5]

Lorsque la seconde guerre franco-samorienne éclate (1891-1898) et que Samori déplace son État vers l'est, Odienné est prise dans l'étau colonial. Le petit-fils de Vakaba, Moriba, chef du Kabadougou au tournant du siècle, est destitué par l'administration coloniale et exilé successivement à Bafoulabé (au Soudan français) puis à Ringerville.[1][4][6]

Héritage

La décision de Malon Brahima

Malon Brahima, petit-fils de Vakaba par son père Mocktar Touré, est désigné chef après la destitution de Moriba. C'est lui qui, en cohérence avec l'abolition prononcée par les autorités coloniales, prononça la déclaration qui transforme les affranchis en « parents à part entière » de Vakabala — décision qui explique la structure familiale composite de la maisonnée Vakabala aujourd'hui.[4]

Chronologie
  1. v. 1770
    Maféléba

    Naissance de Vakaba Touré.

  2. v. 1848
    Odienné

    Fondation de la ville et du Kabadougou.

  3. 1850s
    Odienné

    Vakaba épouse Tata (Matata) Doukouré.

  4. v. 1858
    Odienné

    Mort de Vakaba ; brève régence.

  5. v. 1859-1886
    Odienné

    Règne de Mocktar Touré (27 ans).

  6. années 1890
    Kabadougou

    Pression coloniale française.

  7. 1900s
    Bafoulabé, Ringerville

    Exil de Moriba.

  8. 1905
    Colonie de Côte d'Ivoire

    Abolition officielle de l'esclavage — décision de Malon Brahima.

Sources
  1. [1]Dossier familial Vakabala, transmis par la famille Touré d'Odienné (Annexe II).
  2. [2]« Kabadougou », Wikipédia FR.
  3. [3]Georges Bohas & Bernard Salvaing (dir.), Le Manding, IFAN, notices sur les principautés du Nord-Ouest ivoirien.
  4. [4]Yves Person, Samori — une révolution dyula, IFAN, 1968-1975, tome I, chap. 4-5.
  5. [5]Ibrahima Baba Kaké, Samory Touré, Paris, 1987.
  6. [6]Archives nationales d'outre-mer (ANOM), fonds Côte d'Ivoire, série B — postes du Kabadougou 1899-1910.

Cette page croise les traditions orales familiales consignées dans le dossier Vakabala et les travaux académiques sur le Manding occidental. Les dates précises antérieures à 1890 restent approximatives.