Résistance

La résistance
aux colonnes françaises

De 1882 à 1898, Samori Touré tint tête à la conquête française pendant seize ans — la plus longue résistance armée africaine à la pénétration coloniale au sud du Sahara.

Samori Touré peu après sa capture par les troupes françaises, 29 septembre 1898

Samori Touré peu après sa capture par la colonne du capitaine Gouraud à Guélémou, 29 septembre 1898.

Capitaine Henri Gouraud — Wikimedia Commons · Domaine public

Première guerre — 1882-1886

Le premier choc avec la colonne du colonel Borgnis-Desbordes

Le 26 février 1882, la colonne du colonel Borgnis-Desbordes attaque le poste samorien de Kényéran, sur le haut Niger. C'est le premier affrontement direct. La riposte de Samori est immédiate : il regroupe ses sofa, remporte plusieurs victoires locales et bloque durablement l'avance française.[1][2]

La bataille de Woyowayanko, le 2 avril 1882, oppose les sofa au commandant Combes ; les Français, épuisés et à court de vivres, se replient. En 1885, le siège de Niagassola et les combats autour de Bamako confirment que la colonne coloniale ne peut pas s'imposer par la force. Un premier traité est signé à Kéniéba-Koura le 28 mars 1886, reconnaissant à Samori la souveraineté sur la rive gauche du Niger.[1][2][3]

Traités et rupture — 1886-1891

Bissandugu, la trêve fragile

Le traité de Bissandugu du 23 mars 1887 étend l'accord précédent : Samori accepte un protectorat théorique sur la rive droite du Niger en échange de la reconnaissance de son autorité sur le Wassoulou. Ces accords, jamais respectés par la partie française, servent surtout à gagner du temps de part et d'autre.[1][4]

Entre 1888 et 1891, Samori réprime la grande révolte du Wassoulou, réorganise son armée, achète massivement des armes modernes en Sierra Leone britannique et cherche des alliances avec Ahmadou du Toucouleur et Tieba de Sikasso — sans succès durable.[1][5]

Seconde guerre — 1891-1898

La grande retraite et la guerre totale

L'attaque française sur Kankan le 11 avril 1891 ouvre la seconde guerre. Samori choisit la stratégie du repli offensif : il évacue le Wassoulou occidental, déplace centaines de milliers de personnes vers l'est, pratique la terre brûlée et transporte son État vers la Côte d'Ivoire et le Ghana actuels.[1][6]

De 1893 à 1897, les combats se déroulent en pays baoulé, sénoufo, dioula (Kong, prise et détruite en mai 1897) et jusqu'aux confins du royaume ashanti. La rencontre avec la colonne britannique du capitaine Henderson à Wa (1897) manque de peu de rebattre les cartes.[1][6]

Le 29 septembre 1898, à Guélémou, dans la forêt du Guémon (nord-ouest de la Côte d'Ivoire), le capitaine Henri Gouraud capture Samori par surprise pendant l'aube. Déporté au Gabon, l'almamy meurt en exil à N'Djolé le 2 juin 1900.[1][2][7]

Je ne suis pas de sucre pour fondre au premier soleil.

Samori Touré, réponse aux émissaires français
Chronologie
  1. 26 fév. 1882
    Kényéran

    Premier affrontement franco-samorien.

  2. 2 avr. 1882
    Woyowayanko

    Victoire tactique samorienne sur Combes.

  3. 28 mars 1886
    Kéniéba-Koura

    Premier traité franco-samorien.

  4. 23 mars 1887
    Bissandugu

    Second traité, protectorat théorique.

  5. 11 avr. 1891
    Kankan

    Rupture — seconde guerre.

  6. 1892-1893
    Wassoulou → Est

    Grande transhumance de l'État.

  7. mai 1897
    Kong

    Prise et destruction de Kong.

  8. 29 sept. 1898
    Guélémou

    Capture de Samori par le cap. Gouraud.

  9. 2 juin 1900
    N'Djolé (Gabon)

    Mort en exil de Samori Touré.

Iconographie

Documents et photographies d'époque, tous issus de Wikimedia Commons.

Portrait de l'almamy Samori Touré

L'almamy Samori Touré, chef de la résistance mandingue.

Auteur inconnu — Wikimedia Commons · Domaine public

Samori Touré écoutant à Kayes la sentence le condamnant à l'exil

Kayes, 1898 : Samori Touré écoute la sentence le condamnant à l'exil au Gabon, où il mourra le 2 juin 1900.

Auteur inconnu — Wikimedia Commons · Domaine public

Sources
  1. [1]Yves Person, Samori — une révolution dyula, IFAN, 1968-1975.
  2. [2]« Samori Touré », Wikipédia FR.
  3. [3]Colonel Louis Archinard, Rapport sur la campagne du Soudan français 1888-1889, Paris, 1890.
  4. [4]Ibrahima Baba Kaké, Samory Touré, Paris, 1987.
  5. [5]Martin Legassick, Journal of African History, VII-1, 1966.
  6. [6]« Second Franco-Mandingo War », Wikipedia EN.
  7. [7]Henri Gouraud, Au Soudan — souvenirs d'un Africain, Paris, 1939.

Les datations et le déroulé des campagnes suivent la synthèse d'Yves Person, croisée avec les rapports militaires français (Archinard, Gouraud) et les récits collectés en tradition orale par Kaké.